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Daniel Meyers est coach professionnel de tennis. Il est témoin des événements « internes » du circuit, événements qui sont souvent méconnus du grand public et parfois même de l’ITF elle-même (Fédération Internationale du Tennis). Je pense donc que son avis, à travers cette interview, mérite d’être écouté et partagé.

daniel meyers coach professionnel tennis transition tour itfD. Meyers est coach de Mirza Basic (classement ATP actuel : 161 ; meilleur classement : 74), Vincent Millot (339 ; 135) et Aldin Setkic (305 ; 165)), et Président de la Fondation Hope&Spirit. Je l’avais rencontré sur le Challenger de Mons (Belgique) en 2014 quand j’étais en stage chez Tecnifibre. Il évolue et voyage depuis de nombreuses années sur le circuit pro.

 

LIRE AUSSI (pour comprendre la réforme) : Du jamais vu ! Comment l’ITF divise par 2 le nombre de joueurs pros avec son Transition Tour

 

Eyes on the ball :

Daniel, j’ai vu récemment un signal d’alerte sur vos réseaux sociaux par rapport au Transition Tour. Est-ce que vous pourriez m’expliquer dans quel contexte on se situe actuellement ?

 

Daniel Meyers :

Il faut savoir qu’il y a un énorme mouvement actuellement qui est suivi par plus de 20 000 personnes, et le mouvement s’agrandit tous les jours. Les Fédérations allemande et indienne ont signé la pétition. Moi je ne suis pas dans le Board car je n’ai pas le temps de m’en occuper. Mais voici mon point de vue qui n’engage que moi.

Les tournois « Futures », avant c’était pour pour permettre aux jeunes de faire une carrière future. Ils jouaient les Futures pour aller vers les tournois Challengers pour jouer ensuite les tournois ATP. J’ai trouvé que ces dernières années il y avait beaucoup de joueurs qui se déjetaient dans les Futures, qui s’y installaient et qui finalement y restaient parfois 8/10 ans et n’étaient pris au sérieux que par des clubs locaux, dans des circuits nationaux ou des petits circuits internationaux.

Je trouve que le Transition Tour ce n’était pas une mauvaise idée mais là, je trouve que l’ITF régresse le circuit Future avec la nouvelle réforme. Ils ont crée le Transition Tour, qui est comme son nom l’indique un tour de transition avant de pouvoir rentrer dans les tournois Challengers. Ils n’ont pas très bien fait ça car aujourd’hui on se retrouve avec près de 2000/2500 joueurs et 2000 joueuses qui n’ont plus aucun espoir dans le système actuel de pouvoir jouer un jour un tournoi international.

Je m’explique : en ce qui concerne les juniors (la dernière année junior c’est de 18 à 19 ans), il n’y a pas de problème car ils reçoivent des points ITF (Fédération Internationale de Tennis qui est à la tête du Transition Tour, de la Coupe Davis dans sa nouvelle formule (LIRE AUSSI : Coupe Davis : Comprendre facilement le nouveau format) et des 4 tournois du Grand Chelem. L’ATP, elle,  est l’Association des Joueurs Professionnels qui a tous les autres tournois). L’ITF a décrété que les juniors recevaient des points ITF quand ils gagnent des tournois ITF ou qu’ils arrivent demi-finale ou finales des tournois juniors. Donc ça veut dire que les juniors sont préservés.

MAIS pour tous les joueurs qui ne sont plus juniors et qui n’ont aucun point ITF, ils n’ont plus d’espoir de pouvoir jouer les tournois du Transition Tour et donc de faire face à une carrière qui est leur objectif.

 

EOTB :

Ça concerne qui ?

 

DM :

1er cas : Quelqu’un de la Fondation Hope&Spirit (note : la fondation propose un tennis-études à des jeunes sélectionnés sur plusieurs critères d’entrée) qui étudie jusqu’à 19 ans et là, malgré le fait d’avoir combiner les deux (tennis+études), il se présente dans les tournois et comme il n’a pas de points ITF il n’a aucune chance de rentrer dedans.

2e cas : Un joueur qui a étudié un peu mais qui n’a pas terminé ses études secondaires et qui s’est blessé à l’âge de 17 ans ou 16 ans pendant 2 ans. Il se retrouve à l’âge de 19 ans sans points ITF donc il ne peut pas jouer les tournois internationaux.

3e cas : Ce sont des joueurs par exemple 600 ou 700e mondial et qui eux sont 150e mondial au classement ITF mais qui n’ont peut-être pas pris de points en 2018 donc en 2019 ils n’ont pas de points ITF donc ils ne peuvent pas jouer de tournois du Transition Tour.

 

daniel meyers coach professionnel tennis transition tour itf vincent millot

 

EOTB :

Quand on n’a pas de points ITF on ne peut pas du tout rentrer dans un tournoi du Transition Tour ?

 

DM :

Non. À moins de recevoir une WC des organisateurs (note : une Wild Card est une invitation à participer à un tournoi. Elle délivrée à quelques joueurs par les organisateurs des tournois, souvent quelques jours avant l’événement et indépendamment du système d’entrée normal).

Donc la moralité de l’histoire c’est qu’il y a 3 500 joueurs qui sont amenés à disparaître dans l’immédiat parce qu’ils n’ont aucun espoir de jouer les tournois du Transition Tour.

 

Ce qui a plusieurs conséquences. Concernant les académies et autres (comme l’Académie Mouratoglou), ils vont commencer à ressentir l’effet boule de neige car les parents ne vont plus continuer à payer les entrainements professionnels pour des joueurs qui n’ont aucune chance de rentrer dans le Transition Tour.

Même chose pour le commerce en général : les vendeurs de raquettes, les coaches, les kinés, etc, tous les métiers qui sont satellisés autour du tennis. Il y a un mouvement de plus en plus large de joueurs qui sont concernés par ce problème. Les autres joueurs (top 150) ne sont pas concernés. Mais par exemple quelqu’un qui est 350e  et qui ne rentre plus dans les tableaux Challengers car il n’y a plus de qualifs dans les Challengers et bien il ne lui reste plus qu’à aller dans les tournois ITF. Lui s’il veut que ses points ITF soient reconvertis en points ATP il faut qu’il soit dans les 10 premiers au classement du Transition Tour.

Donc l’initiative de rénover c’est bien mais là ils ont condamné 3 000 joueurs et joueuses qui n’ont qu’une solution c’est d’arrêter de jouer au tennis. Ou de continuer à jouer mais dans des tournois français pour de l’argent et non plus pour des points. (note : quand certains joueurs français sont un peu juste financièrement, ils décident de joueur les interclubs car cela leur permet de gagner entre 10 000 et 15 000€ en jouant 5 matchs pas équipe. Mais cela signifie aussi du temps en moins sur le circuit à essayer de gagner des points pour le classement ATP).

 daniel meyers coach professionnel tennis transition tour itf vincent millot

 

EOTB :

Le but c’était bien de faire en sorte que plus de joueurs puissent vivre de leur tennis ?

 

DM :

Oui mais pour remédier à ce problème il y a d’autres moyens.

Augmenter le tableau par exemple. Aujourd’hui le Transition Tour c’est 24 joueurs en qualifs (Edit : entre temps, l’ITF a accepté de l’augmenter à 32). Il faut qu’ils remettent des tableaux en qualifs comme avant.

Prenons par exemple un joueur au même classement aujourd’hui que l’année dernière. L’année dernière il rentrait dans les  qualifications alors que cette année il est entre 80 et 120 places dehors. Les stats démontrent qu’il y a 41% de joueurs en moins qui arrivent à jouer les qualifs du Transition Tour (donc des anciens tournois Futures). Donc c’est un drame pour tous ces jeunes mais pour le tennis en général (les métiers autour) qui vont en souffrir. Et je vois mal l’ITF changer les règles en 2019. Peut-être en 2020 vue la pression énorme.

 

Note : Fin février 2019, l’ITF a accepté de revenir sur une des règles. Les qualifications dans les tournois du Transition Tour passeront de 24 à 32 joueurs. Une première victoire pour toutes les personnes mobilisées en ce moment. Mais leur lutte continue. Même Toni Nadal a donné son avis.

Et vous, que pensez-vous du Transition Tour? Bonne ou mauvaise chose? Des suggestions?


2 commentaires

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[…] joueur. Un avis qui viendrait compléter ce qu’on avait appris grâce au coach Daniel Meyers (Transition Tour : l’appel de Daniel Meyers). Le dossier de sponsoring d’Alexis a pour but de l’aider à financer sa saison. Je […]

Le rôle des sponsors : rencontre avec Banco Sabadell, sponsor principal du tournoi ATP 500 de Barcelone - Eyes on the ball · 26 avril 2019 à 12:32

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