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A l’occasion des qualifs de Roland Garros 2018, j’ai eu la chance de faire une très belle rencontre : Ruben Merchan ! Je voudrais partager avec vous son histoire extraordinaire : une belle preuve de combativité, de détermination et de joie de vivre qui nous fera tous relativiser…

 

Salut Ruben, peux-tu te présenter ?

Je suis Ruben Merchan, 35 ans (note : génération de F. Verdasco, F. Lopez, D. Ferrer, G. Garcia Lopez, avec qui il s’entrainait), j’ai été joueur de tennis du top 500 ATP en simple et top 300 en double, j’ai été numéro 1 junior en Espagne. Je commençais à être vraiment bon, tout allait pour le mieux, je venais de gagner mes premiers points ATP…

A 17 ans, on m’a diagnostiqué pour la première fois un cancer (leucémie appelée lymphome hodgkinien), j’ai dû faire 6 mois de chimio. Ce traitement te détruit, ça tue tes défenses, tes cellules, tu te sens tout le temps fatigué… Au total je suis resté un an sans jouer. Je me suis battu pour vaincre la maladie et reprendre le tennis. Il a fallu que je reprenne de zéro, physiquement surtout car mes muscles et tout mon corps avait été inactifs. A 18 ans j’ai réussi à revenir dans le top 500.

Mais à 21 ans, la maladie est revenue, quand on me l’a annoncé c’était le pire jour de ma vie parce que cette fois je savais ce qui m’attendait. Et le traitement allait être plus sévère encore. On m’a enlevé toutes mes cellules, comme un « reset » du corps et on m’a fait une première greffe de cellules mères. Ça m’a achevé, je n’avais plus de force, je vomissais tout le temps et j’étais impuissant face à ce qu’il m’arrivait. Mais je me suis battu, grâce à ma famille surtout, et grâce toutes les choses que j’aime dans la vie (le sport, la musique, …) et qui m’ont permis de lutter. J’ai récupéré mais j’ai décidé d’arrêter le tennis de haut niveau. J’ai pu rejouer mais à un niveau plus light (interclubs, tournois nationaux, Futures, Challengers, etc) pour plus profiter de la vie.

Et à 24 ans j’ai fait une rechute (le cauchemar) où cette fois j’ai dû recevoir une greffe de moelle osseuse d’un donateur, une opération très risquée (une chance sur deux de mourir). J’ai dû rester deux mois enfermé dans une chambre à ne voir que l’infirmière, car le moindre microbe aurait pu me tuer. Tous les jours c’était un nouveau combat. C’était très dur mentalement. Quand je suis sorti, j’avais les muscles atrophiés, j’avais perdu la notion du temps, mais je savais qu’à partir de ce jour j’allais profiter pleinement de chaque instant !


Une bataille remarquable. Tu es vraiment un exemple pour tous ceux qui connaissent le même combat!
Comment tu t’es rendu compte que tu avais un cancer ? 
Quels ont été les symptômes ?

J’essaye autant que possible d’aider ceux qui traversent la même épreuve en leur montrant qu’avec du courage, de la force et de l’envie, c’est possible de s’en sortir et de revivre à nouveau.

Le symptôme pour moi ça été comme une boule dans le cou. Un matin je me suis réveillé avec une grosse boule dans le cou (un ganglion) et j’ai dû aller à l’hôpital en urgence et faire des analyses.


Quelle est la cause de ce cancer ?

Il n’y a aujourd’hui pas de cause connue, on sait juste que les ondes, l’alimentation, etc, peuvent affecter les tumeurs mais c’est tout.

 

Après ces épreuves est-ce que tu fais attention à ne pas t’exposer aux ondes et à mieux manger ?

Non pas vraiment, par contre ça a énormément changé ma personnalité. Avant je ne pensais qu’à gagner mes matchs de tennis, c’était mon but ultime, ça me stressait beaucoup. J’en voulais toujours plus, dès que je perdais je me sentais mal, j’étais déprimé. J’étais très ambitieux mais aussi toujours insatisfait car très compétitif. Il y avait beaucoup de gens qui voyaient en moi un espoir du tennis avec beaucoup de potentiel et mentalement ça me desservait. Après avoir enduré 3 cancers, j’ai appris à me satisfaire de ce que j’ai et à profiter de la vie : jouer au tennis, voyager, danser (grand fan de salsa). Je me suis rendu compte que le temps passe très vite et que tout ça peut s’arrêter à n’importe quel moment…


Qu’est-ce qui a fait que tu as voulu arrêter le haut niveau après le 2ecancer ?

Je venais de sortir d’épreuves très très difficiles, j’avais eu de grandes chances de mourir et je me suis rendu compte que je pouvais profiter de la vie sans forcément être un joueur professionnel. C’était trop de sacrifices alors que je n’avais aucune certitude de pouvoir atteindre le top 100 mondial. Je me suis donc mis à enseigner le tennis à Barcelone (jusqu’à aujourd’hui) et je me suis rendu compte que ça me plaisait beaucoup et que c’était beaucoup plus tranquille, sans stress, etc. Tu peux plus profiter.


Tu as travaillé dans une académie ou à ton propre compte ?

J’ai travaillé dans des académies et à mon compte pendant plusieurs années. J’ai fait un peu de tout : des filles de la WTA (top 200), des garçons aussi sur quelques semaines (top 100). J’ai aussi été professeur de tennis pour les tous petits, pour les adultes aussi.

 

Qu’est-ce que tu as préféré le plus dans tout ça ?

La compétition.

 

La tienne ou celle de tes joueurs ?

Celle de mes joueurs. Quand tu as un bon feeling avec un joueur sur le plan personnel et professionnel et qu’il gagne des matchs, quand il te regarde pendant le match et qu’il applique tes conseils, c’est ce que j’aime le plus. La manière dont ils te remercient aussi, quand ils ont gagné leur premier point ATP par exemple. J’ai aussi beaucoup aimé le fait de voyager grâce à ce métier.


Aujourd’hui tu t’occupes aussi d’une association que tu as créée pour lutter contre les leucémies, est-ce que tu peux nous en parler ?

La première et la deuxième fois que j’ai eu le cancer, je me suis dit que cette maladie ne me concernait pas, qu’il fallait vite que je m’en débarrasse et que je revienne vite jouer au tennis. La 3fois, je me suis dit « il faut que je fasse quelque chose… ». Parce que c’était un peu comme un signal, je me suis dit qu’il fallait que j’aide au maximum, même si c’était juste un peu. Comme j’ai beaucoup de connaissances dans le monde du tennis, comme des grands joueurs de tennis avec qui je m’étais entrainé avant, j’ai décidé d’organiser des tournois en les faisant participer et de reverser les fonds à des fondations. Il y a un an, j’ai créé ma fondation GiveLifeRM3 (note : GiveLife car un don de moelle donne la vie, RM pour Ruben Merchan et 3 car il a survécu 3 fois à la maladie) avec deux amis. On vend des produits de la fondation comme des t-shirts, coques pour téléphones, etc pour récolter des fonds que l’on reverse à la Fondation José Carreras. Cette fondation lutte contre les leucémies et aide à trouver des donateurs de moelle osseuse (donateurs de cellules).

C’est difficile de trouver des donateurs de moelle osseuse ?

Trèèès difficile. Ma propre famille ne pouvait pas me donner leur moelle osseuse, imagine un peu pour trouver quelqu’un qui est exactement compatible ! C’est un don différent du don du sang. C’est beaucoup plus difficile de trouver de la moelle osseuse que du sang.

 

Et pourquoi on n’entend pas plus parler du don de moelle osseuse ?

Il y a un manque d’information. Ce type de donation augmente de plus en plus grâce à des campagnes d’information mais aujourd’hui il y a toujours beaucoup de gens qui meurent par manque de donateurs de moelle osseuse.

 

Toi tu étais sur une liste d’attente ? Comment as-tu trouvé un donateur ?

En Espagne tout passe par la Fondation José Carreras. J’ai attendu 8 mois avant qu’on m’appelle pour me dire que j’avais enfin un donateur. Heureusement pour moi, ma vie n’était pas en danger, j’étais bien contrôlé grâce à la chimiothérapie qui ralentit la propagation du cancer. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde.

Ruben, entraineur à Roland Garros 2018

J’étais sur une liste d’attente jusqu’à ce qu’on m’appelle. Au total, on m’a fait une chirurgie pour retirer la boule que j’avais au cou, on m’a nettoyé le corps avec une chimiothérapie (qui permet de tuer toutes les cellules qu’elles soient bonnes ou mauvaises, mais qui te fatigue énormément) et on m’a greffé de la moelle osseuse. Aujourd’hui, j’ai 35 ans, je n’ai pas eu de rechute depuis et j’espère vivre encore longtemps car il y a encore tant de choses à visiter dans ce pays ! (rires) Et je veux retaper la balle à Roland Garros ! 🙂

 


Et si moi, par exemple, je veux faire un don de moelle osseuse comment je dois faire ?

En France je ne sais pas, mais en Espagne il faut passer par la Fondation José Carreras, ils te mettent en relation avec un hôpital près de chez toi. Il faut avoir entre 18 et 50 ans pour être un tel donateur et bien sûr être en bonne santé. (note : pour la France, il faut s’inscrire sur https://www.dondemoelleosseuse.fr, faire une prise de sang et attendre d’être appelé quand un patient aura besoin de votre moelle !)

Pour revenir à ta fondation GiveLifeRM3, comment faites-vous pour trouver des fonds (à part la vente de produits) ?

On a organisé deux tournois de padel pour l’instant avec par exemple Alex Corretja (ancien joueur pro de tennis), Pablo Lima (actuel numéro 1 mondial de padel), quelques amis connus qui m’aident, la presse est présente, les sponsors viennent aussi et donnent des cadeaux (ex : Estrella Damm a distribué de la bière gratuitement, on nous fournit du matériel aussi). On a récolté 1500€ avec un tournoi. L’argent vient des entrées (20€ l’inscription pour jouer des matchs sur un tournoi d’une journée). On l’a fait dans mon club David Lloyd (Barcelone) sur 4 courts de padel qu’on nous a prêtés. L’autre tournoi (le premier) on l’a fait sur le tournoi ATP 500 de Valence, en profitant des joueurs sur place (Feliciano Lopez par exemple). Cette année on a aussi fait un dîner de gala où on a récolté 6000€.

Juan Carlos Ferrero, Àlex Corretja, Enric Masip, Tomàs Carbonell, Juan Martin Díaz, Agus G Silingo et Sergio García au tournoi « Tu es parfait pour les autres » avec la Fondation Josep Carreras au Padel FunPark du Valencia Open 500


Merci beaucoup Ruben pour ce témoignage très émouvant. J’espère qu’il redonnera du courage à tous ceux qui en ont besoin et qu’il permettra d’avoir plus de donateurs de moelle osseuse… Ruben m’a laissé entendre qu’il était ouvert à toute question et qu’il était joignable sur Facebook, Instagram, et Twitter. N’hésitez pas à visiter le site web de sa fondation GiveLifeRM3 et de la Fondation Josep Carreras.

Point de vue

Pas grand chose à ajouter si ce n’est que je confirme la joie de vivre de Ruben, son envie d’aider les autres et sa passion du tennis ! Une journée type de Ruben cette semaine : réveil 6h30, entrainement à Roland Garros de 8h à 9h, visite de Paris jusqu’à 22h, resto et après il voulait encore sortir !!! Ruben est aussi un excellent coach, j’ai eu la chance de faire une session d’entrainement avec lui et ses conseils m’ont été précieux !
« Gran persona » comme on dit en espagnol !

A très vite Ruben ! 🙂

Catégories : Impact

1 commentaire

Quand l'argent dicte le tennis... quelles solutions ? - Eyes on the ball · 30 janvier 2019 à 10:23

[…] et il est joignable sur Facebook, Instagram, et Twitter. Retrouvez sa deuxième interview ici où il explique  sa lutte contre le cancer et comment il utilise le tennis et le padel pour […]

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