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Aujourd’hui, petit entretien avec Dani, qui baigne dans le tennis depuis près de 20 ans. Après une présentation de son métier, il nous dévoilera ses idées pour faire passer le tennis d’un sport d’élite à un sport populaire…

 

Qui es-tu ? 🙂

Je suis Daniel Taverna, distributeur Babolat pour le Venezuela et les Iles des Caraibes depuis 18 ans. Je suis également entraineur technique (Partner) pour Babolat VS International, je travaille pour la R&D de Babolat France et j’ai été membre de l’équipe des cordeurs internationaux de Babolat de 2015 à 2018.

 

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Est-ce que tu peux nous expliquer en quoi consiste tout ça ?

En travaillant avec la marque Babolat dans mon pays, j’ai eu l’opportunité de travailler en tant que partner, c’est-à-dire donner des formations techniques pour cette marque si connue dans le tennis. Dans ce cadre-là, je suis envoyé par Babolat dans différents pays afin de former les distributeurs locaux sur la partie technique des produits. L’objectif étant que ces distributeurs puissent former et briefer eux-mêmes les clients des différents marchés. Babolat, leader mondial de raquettes, investit beaucoup en temps et en efforts pour former et prêter assistance à ses différents distributeurs quand cela est nécessaire.

De beaux diplômes pour tous ceux qui ont suivi la formation de Daniel Taverna

Puis j’ai eu l’opportunité de faire partie de l’équipe des cordeurs pour les différents services officiels de Babolat, en commençant par le tournoi Barcelona Open Bancsabadell Copa Conde de Godo 2015 (note : où j’ai rencontré Daniel quand je travaillais sur tournoi pour Babolat). J’ai entre autre travaillé sur des tournois comme :

Barcelona Open Banc Sabadell Copa Conde de Godo, Espagne.
Mutua Madrid Open La Caja Magica, Espagne.
Casino Admiral Trophy, Marbella, Espagne.
Championnats d’Espagne par équipe, Murcie, Espagne.
Valldoreix Future, Barcelona, Espagne.
Roland Garros, Paris, France.
Ricoh Open, Rosmalen, Pays-Bas.
Libema Open, Rosmalen, Pays-Bas.
The Hague Open, La Haye, Pays-Bas.
Windmill Cup, Velp, Pays-Bas.
European Open, Antwerp, Belgique.
Tean international Challenger, Alphen, Pays-Bas.
St. Petersburg Ladies Trophy, Russie.
Ilkley Trophy Challenger, Royaume-Uni.

Dur travail de cordeur au stand officiel de Roland Garros !

Daniel, cordeur professionnel, figure même sur les visuels officiels de Babolat (oui c’est lui dans le fond! Avec Miki à droite, que je vous présenterai sûrement!)

 

C’est difficile d’être technical partner ? Et cordeur pro ?

Ce qui est difficile en tant qu’entraineur technique, c’est d’expliquer clairement quel est le fonctionnement/la propriété d’un produit et pourquoi cela va permettre au consommateur de profiter de son sport. Chaque joueur doit pouvoir trouver son propre équilibre. C’a été une tâche assez longue mais très intéressante. Il faut souvent faire face à des concepts erronés qui sont ancrés dans les habitudes des joueurs depuis des années (par exemple faire comprendre aux vendeurs et aux joueurs que plus la tension du cordage est élevée, plus on a de contrôle, mais qu’avec une tension plus faible on aura plus de puissance).

En tant que cordeur professionnel, j’ai pu voir à quel point ce métier est difficile. Peu de gens savent que nous sommes une pièce vitale de n’importe quel tournoi puisque c’est nous qui préparons nuit et jour les raquettes des joueurs selon leurs demandes spécifiques. Une tâche très difficile, qui demande beaucoup d’heures de travail alors que nous n’avons que très peu de repos.

 

Quelle est la différence entre un cordeur de tournoi et un cordeur « normal » qui travaille en magasin ? 

Grandes explications de l’art du cordage aux fans qui passent par le stand Babolat

Eh bien, les cordeurs des tournois professionnels travaillent à une vitesse, quantité et pression très différentes (note : un cordeur pro peut corder une raquette en 10 minutes, ce qui est extrêmement rapide!). Nous faisons partie d’un groupe très restreint de personnes qui possèdent cette habileté à corder vite, bien et à répondre à n’importe quelle demande du joueur.

 


Pour ceux qui ne le savent pas, une marque de tennis peut être « partenaire cordage » et/ou « partenaire balle » d’un ou plusieurs tournois. Ils font ça dans le cadre de leur promotion, pour la visibilité de leur marque. Par curiosité, un cordeur peut-il travailler pour plusieurs marques à la fois? Par exemple corder sur un tournoi avec Babolat et un sur autre pour Tecnifibre?

En général oui. Les marques cherchent les meilleurs pour les services qu’ils délivrent, ce qui amène certains d’entre nous à travailler pour plusieurs marques dans différents pays.

 

Du coup tu dois faire énormément de tournois dans l’année non ?

Ca dépend. En général, on espère que notre travail soit à la hauteur des attentes de la marque pour qu’elle nous invite à corder dans un autre tournoi.

En présence d’Eric Babolat, PDG de Babolat

 

Toi qui es plongé dans le tennis, comment tu vois le futur de ce sport ?

Mon opinion personnelle est qu’il est nécessaire de massifier le tennis, qu’il se développe dans chaque coin du monde pour que de plus en plus de monde puisse profiter de ce sport, que ce soit par l’initiative d’une entreprise privée ou du gouvernement ou des fédérations locales.

 

Qu’est-ce que tu recommandes pour massifier le tennis ?

Il faudrait que les gouvernements et fédérations soutiennent plus le tennis : plus ils susciteront l’intérêt pour le tennis, plus ils recevront de ressources pour créer des clubs, des terrains et investir dans les générations futures.

 

LIRE AUSSI : Les petits et moyens clubs de tennis sont-ils voués à disparaître ?

 

Tu veux dire qu’il faudrait par exemple diffuser plus de tennis à la télévision ? En parler plus sur les réseaux sociaux ?

Non, ce que je veux dire c’est que si les pays n’arrivent à créer des sportifs de haut niveau, les jeunes générations ne vont pas s’intéresser au tennis, ne voudront pas apprendre à jouer. Et sans nouvelles stars du tennis, les fédérations ne recevront pas d’argent pour les aider.

 

Donc il faudrait par exemple parler plus de tennis et des résultats ?

Oui

 

Même des tournois amateurs ?

Oui. Il faut changer l’image qu’a le tennis aujourd’hui. Le faire passer d’un sport d’élite à un sport populaire.

 

Est-ce que tu vois d’autres moyens pour populariser le tennis ?

Pour ça il faudrait que les gouvernements et les fédérations puissent faciliter la construction d’espaces publics où les gens pourraient commencer à connaitre ce sport.

 

Donc des terrains municipaux ? Plus de tournois amateurs aussi ?

Oui.

 

Tu veux ajouter quelque chose ?

Toi qui as travaillé avec nous au service cordage, qu’as-tu pensé de cette expérience ?

Toujours le sourire ce Dani ! Ici à Roland Garros entre 2 raquettes pour un petit bonjour 🙂

Point de vue

 

Merci de me poser la question ! 🙂 C’est vrai que j’ai été impressionnée par le travail des cordeurs ! Le détail de mon expérience se trouve ici.

Pour ce qui est de démocratiser le tennis, je trouve que c’est de plus en plus difficile de pratiquer ce sport (prix de l’inscription et du matériel, difficulté à trouver des partenaires et un terrain. D’ailleurs, Les Déchainés ont proposé une solution pour faciliter la pratique du tennis, je vous invite à découvrir leur initiative!).

Souvent les gens ont envie de jouer au tennis, mais ils ne peuvent pas ! Je pense pour ma part qu’il faudrait faire plus « d’essais », c’est-à-dire laisser les gens jouer une fois dans un club (en les faisant payer ou pas, selon la politique du club) pour qu’ils découvrent ce sport et les installations, pour qu’ils se fassent une idée de l’ambiance, qu’ils rencontrent d’autres personnes du club et que ça leur donne envie de s’inscrire et de jouer régulièrement.

Très récemment j’ai voulu tester un nouveau club et on m’a dit que c’était impossible de jouer en tant qu’externe, que c’était un club privé et qu’il fallait que je m’abonne pour l’année avant d’y mettre les pieds!!


2 commentaires

Fanny LOISEL · 17 septembre 2018 à 1:59

Tout à fait d’accord : j’aimerais jouer au tennis de temps en temps mais pour cela dans ma ville, obligé d être licencié et de payer a l’année ce qui revient vraiment cher !! Pas rentable si c’est pour jouer que de temps en temps, c’est dommage.

J’ai connu un endroit où ils louaient des terrains à l’heure, c’était top !! Faudrait généraliser ça 🙂

Super article ! 😉

6 choses à savoir avant d'aller à Roland Garros - Eyes on the ball · 19 mai 2019 à 5:08

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