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Et si on demandait aux petits ramasseurs de balle de Roland Garros de nous parler de ce qu’on ne voit pas en tant que spectateur ?

Salut vous deux, ravie de vous rencontrer, comment vous vous appelez ? Parlez-moi de vous 🙂

Théophile : Je m’appelle Théophile, j’ai 14 ans, je joue au tennis depuis 7 ans. Je joue une fois par semaine au TC La Fontaine (Antony, 92) et j’ai arrêté les tournois.
Tristan : Moi je m’appelle Tristan, j’ai 14 ans et je fais du tennis depuis l’âge de 5 ans. Je joue au tennis une fois par semaine et je fais des tournois. Je viens de Montpellier et je suis venu spécialement pour Roland Garros.

 

Comment vous avez fait pour devenir ramasseurs de balle ?


Théophile : Moi il y eu un premier weekend où il y a 1 500 ramasseurs qui viennent, ça dure qu’une demi-heure donc pas beaucoup d’exercices. Ils en prennent 150 à peu près. Ensuite il y a 2weekend où ils en prennent 90 et après il y a un 3weekend où à la fin ils en prennent environ 70. C’est de la mise en situation, des roulés de balle, plein de petits trucs particuliers (gestes techniques).
Tristan : On a passé plusieurs sélections, moi j’en ai passé deux : une journée de présélection à Avignon où il y avait 3 000 ramasseurs et ensuite un stage de 4 jours à la Grande Motte avec seulement les meilleurs.

 

Et où est-ce que vous avez entendu parler de ces sélections ?

Tristan : J’avais déjà fait le tournoi de l’Open Sud de France et ma mère m’a dit « ça t’intéresserait de faire ramasseur à Roland Garros ? », j’ai tout de suite dit « bah oui ! » et elle m’a inscrit sur le site, j’ai passé les sélections et fallait faire plein de papiers pour le faire.

 

Vous avez été sélectionnés combien de temps avant Roland Garros ?

Théophile : Moi je l’ai su en février donc il y a assez longtemps.
Tristan : Moi mi-mars je crois.

 

Si je comprends bien c’est votre première fois à Roland Garros ! Vous vous connaissiez déjà avant ou pas ?

Tristan : Nan, c’est la première fois qu’on se voit ! Vu que je n’avais personne pour m’héberger, j’ai pris une famille d’accueil (il fallait le cocher sur un des papiers), je suis tombé avec Théophile et c’est super !

 

Cool vous êtes bien tombés alors ! Et au total, vous êtes combien de ramasseurs à Roland Garros cette année ?

270 !

 

Ils ont un quota de filles à respecter ?

A peu près ouai… Ils doivent prendre un tiers de filles environ. En tout cas ils ont un minimum de filles à sélectionner. Mais comme il y a moins de filles qui se présentent, il y en a aussi moins qui sont prises.

 

C’est quoi une journée type de ramasseur de balle pendant le tournoi ? 

On arrive à 9h30, on se met en tenue et on part avec tous les autres ramasseurs, on court dans Roland en chantant une chanson, c’est « le réveil du stade ». Après on voit sur quel court on est pour la journée, on va sur ce court, on fait l’échauffement et puis après on fait des rotations de 30/45min. Après on va manger quand on a fini notre rotation. On mange assez tôt, avant midi souvent. Après on reprend nos rotations, on va manger, certains prennent leur douche et faut pas oublier de pointer quand on part sinon on se fait gronder ! (rires)

 

Vous êtes combien de ramasseurs sur un terrain ?

De 16 à 18 sur un terrain. Au filet il y en a 2 (un de chaque côté du filet) et au fond il y en a 4 (un dans chaque coin). Sur un terrain en une journée, il y a souvent 3 ou 4 paires de « filets » et 2 équipes et demi de « fond ». Il y a besoin de beaucoup plus de « fonds » que de « filets ». Du coup, nous les « filets », on a plus de temps de pause entre les rotations que les « fonds ».

 

Qu’est-ce qui vous fait vibrer quand vous faites ça ?

Déjà moi j’adore le sport donc j’aime bien pouvoir me dépenser, courir, et puis c’est sympa de voir des joueurs vraiment connus, de les voir de près, de les connaître un peu. C’est aussi aller sur les terrains de Roland…c’est pas donner à tout le monde. Et puis c’est aussi l’ambiance avec tous les ramasseurs, on est une équipe… C’est un peu comme un camp de vacances.

 

Du coup c’est qui les joueurs les plus sympas ?

Il y a Monfils qui est très sympa ! Il dit merci à chaque fois et à chaque changement de côté il demande « est-ce que vous pourrez me passer ces deux bouteilles parce qu’il faut les mettre au frais » et puis de temps en temps il nous fait un petit clin d’œil c’est sympa quoi, c’est des trucs qui font plaisir. Et il y en a qui disent pas s’il te plait, qui disent pas merci, ils sont froid, ils sont beaucoup moins sympas. Par exemple aujourd’hui : point gagnant, je récupère une balle au filet et il y a le joueur qui me crie dessus pour avoir la balle !

 

Ah ouais pas très sympa…

Ouais il a qu’à ramasser la balle tout seul hein… (rires)

 

Et qu’est-ce que vous aimez le moins alors ?

C’est peut-être l’attente qui est un peu longue entre chaque rotation.

 

Vous attendez dans les allées ?

Théophile : Nan on regarde le match quand même donc ça va. Sinon ce qui est moins sympa…presque tout est sympa en fait ! C’est quand même cool. Sauf peut-être la fatigue en fin de journée, dans les jambes… C’est des grosses journées, on peut finir à 21h30.
Tristan : Aussi je trouve qu’il y a beaucoup de pression parce qu’en fait il y a 3 zones : la zone A c’est les courts Philippe Chatrier et Suzanne Lenglen donc c’est les meilleurs, la zone T c’est la zone de transition qui est télévisée avec des bons terrains quand même (le court n°1, le nouveau court 18, le 6 et le 7), et la zone B c’est la moins bonne zone, ce que nous on appelle un peu la campagne (rires). Ce qu’on appelle la campagne vraiment, c’est quand c’est loin de la salle de repos, faut marcher 5min donc c’est un peu chiant quoi.

 

Est-ce que vous voyez des choses à améliorer ?

Pas vraiment… Enfin quand on parle de pression c’est que le coaches ils nous disent des trucs bien mais ils renvoient quand même pas mal de négatif. A la moindre petite erreur ils vont nous le dire (« c’est un peu dommage que tu aies fait ça », « il faudrait améliorer ça… »). Après quand on fait des rotations presque parfaites ils nous valorisent aussi et nous disent que c’est bien. Comme Roland Garros c’est quand même très prestigieux, ils attendent de nous que tout soit parfait donc ils nous mettent un peu la pression. Enfin ça dépend aussi des coaches.

Catégories : Escale

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