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De plus en plus de clubs de tennis doivent fermer chaque année, faute de moyens. Aujourd’hui je pars à la rencontre de Yannick, directeur technique de mon club à Fresnes (94). J’ai besoin de son œil d’expert pour comprendre un peu mieux la problématique actuelle des clubs de tennis.

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Salut Yannick, première question pour mieux te connaître : comment es-tu devenu directeur technique du club ? 

Mes parents m’ont inscrit au tennis quand j’avais 6 ans. Au début, c’était comme un défouloir. J’ai trouvé mon intérêt pour le tennis au collège car je n’étais pas très scolaire. Je me suis donc tourné naturellement vers le tennis mais en loisir d’abord. J’ai joué mon premier match de compétition à 20 ans et j’ai décidé de devenir prof la même année. Je m’entrainais à Fresnes donc j’ai tapé à la porte et j’ai eu la chance de tomber sur le directeur sportif de l’époque qui m’a donné un ou deux groupes. Le président de l’époque m’a ensuite proposé un emploi jeune à la fin de cette même saison sportive et la possibilité de passer les formations. Après 10 ans de travail, j’ai obtenu mon BE (Brevet d’Etat) et, formé sur le tas, je suis devenu directeur sportif (depuis 10 ans), et depuis 4 ans j’exerce plutôt la fonction de directeur technique du club.

 

Peux-tu nous décrire ta journée type au sein du club ?

Il n’y a pas vraiment de journée type, ça dépend de la saison sportive (la charge d’activité n’est pas la même en hiver qu’en été par exemple) et chaque directeur s’investit à sa manière dans son club. Mais globalement, mon rôle est d’observer le budget (anticiper les futures dépenses et celles où il va falloir demander une participation aux adhérents), préparer les actions futures, manager les équipes pédagogique et bénévole, savoir où ils en sont, les aider dans leur développement, et  enseigner le tennis (23h/semaine).

 

Si je comprends bien, ton expertise repose sur la gestion d’un club de A à Z ?

Oui, à l’échelle du club et en tant que directeur technique, je gère un budget de 120 000€ qui va venir alimenter les différents domaines d’activités du club. J’ai donc une vision globale du fonctionnement d’un club, mais aussi d’une ligue et de la fédération (car ces trois entités ont aussi le statut d’une association). Ce qu’il faut savoir, c’est que plus on va monter en hiérarchie (comités, ligues, fédération) plus on va passer d’une approche humaine à une approche politique du tennis.

Yannick, à droite, travaillant au club avec Guillaume, autre enseignant du club.

Quelles sont les difficultés que l’on rencontre quand on adopte, comme toi, une gestion humaine d’un club de tennis ?

La première difficulté, c’est la gestion de l’humain : pour gérer les différentes personnalités, il faut faire preuve d’écoute et avoir une communication efficace car indirectement, ce sont les adhérents qui permettent de réaliser ton métier.

Le management de l’équipe du club n’est pas simple non plus : il faut trouver une équipe pédagogique qui réfléchit dans l’intérêt du club et non pas dans son intérêt personnel. Et ça c’est difficile.

Il faut aussi pouvoir honorer les salaires de cette équipe ! Ils sont embauchés au début de l’année sportive selon un budget prévisionnel qui va dépendre en grande partie du nombre d’inscriptions. On se tourne alors vers les aides financières, mais c’est très compliqué de les obtenir, il faut se battre pour les avoir. Pour preuve, au sein de l’Association Sportive de Fresnes, on est la 2eme association en termes d’effectifs (sur 12), mais dans les derniers en termes de subventions. Pour te donner une idée, sur 120 000€ de budget du club, seulement 15 000€ viennent des aides de la mairie, de l’État, ou de la ligue…

 

Étant donné le contexte économique actuel du tennis, quel est l’enjeu pour le club de Fresnes et pour tous les autres clubs de tennis ?

En ce qui nous concerne, on constate que les aides diminuent. De plus en plus de clubs sont en train de fermer dans toute la France donc il faut qu’on se développe sans compter sur les aides. On est attractif en termes d’animation, on a de bonnes structures extérieures, on arrive à garder nos adhérents mais nos courts intérieurs mettent le club en danger. Le challenge c’est de garder le positif et de trouver des solutions pour aller de l’avant.

D’un point de vue général, il y une prise de conscience à avoir pour aider les clubs à survivre. C’est dans l’intérêt de la fédé et dans l’intérêt du tennis. Les clubs qui se reposent sur les subventions vont mourir car dans peu de temps la fédé et les villes ne pourront plus donner autant de subventions. La situation est alarmante pour beaucoup de clubs, la fédération est en danger, on ne peut pas rester les bras croisés.

Tu as l’air très au fait de la situation et je pense que ton avis éclairé doit se faire entendre. Que conseillerais-tu aux décisionnaires pour inverser la tendance et sauver le tennis ?

Il est essentiel d’avoir une vision globale, de ne pas se contenter d’une vision uniquement club ou que ligue ou que fédération. Il revient aux responsables des clubs/ligues/fédération de penser global. Je pense aussi qu’on devrait moins parler de haut niveau car la compétition ne concerne qu’une infime partie des pratiquants de tennis. Enfin, attention à ne pas cannibaliser le tennis avec des sports de raquettes affiliés à la FFT (je pense notamment au padel car on observe de plus en plus de personnes qui abandonnent le tennis pour le padel). Si on continue dans cette voie, c’est la fermeture assurée des petits et moyens clubs de tennis, c’est-à-dire ceux qui fournissent les gros en joueurs après un certain niveau de formation…

 

Très bien, c’est noté… Est-ce que tu aimerais nous dire autre chose ?

C’est l’heure du changement pour les gens qui sont passionnés par le tennis, c’est maintenant qu’il faut se bouger pour que le tennis devienne un vrai sport populaire. Je serais content de voir des jeunes s’y investir à l’ère du numérique.

 

Merci beaucoup Yannick de nous avoir partagé ton regard d’expert sur les clubs de tennis. Pour ceux qui veulent en savoir plus sur le club Fresnes, qui se veut convivial, proactif et qui arrive à garder son cap, c’est par ici : http://tennisfresnes.com et sur la page Facebook !

Point de vue

Etant adhérente du club de Fresnes depuis 2009, je dois reconnaitre que ce club est très convivial et que je m’y suis tout de suite sentie à l’aise.

La première fois que j’ai voulu jouer au club, je n’étais pas encore inscrite et je suis arrivée comme une fleur avec mon sac de tennis sur le dos dans l’espoir de taper la balle avec mon frère. Yannick ne me connaissait pas mais il m’a fait confiance et m’a laissée tester les installations. J’ai été touchée par ce geste et je me suis inscrite quelques jours après. Ce que j’aime dans ce club c’est qu’on peut venir au club house pour discuter, boire un verre, regarder le tennis à la télé… Toute l’équipe est sympathique et accueillante. Si le club venait à fermer, c’est un lieu de vie qui disparaitrait. Les animations bien pensées sont aussi à l’origine de cette bonne ambiance. J’ai particulièrement apprécié la journée de la femme l’année dernière avec du fit tennis, de la manucure, des matchs de poules, et des cadeaux!

Je remarque quand même que le club est en difficulté. L’état de nos 2 courts couverts par exemple, avec le toit qui fuit quand il y a des grosses intempéries, c’est quand même un gros problème. Ce serait bien que la mairie fasse quelque chose… Le jour où ça sera vraiment impraticable, ça sera la fin du club de Fresnes.

Quant aux nouveaux sports de raquettes, je pense à ce que j’ai observé pendant mes 6 mois à Barcelone : beaucoup de clubs de tennis qui ont fermé pour se convertir en club de padel. Là-bas ce sport est encore plus populaire que le tennis et il arrive en force en France ! Ca sent la fin du tennis mais en même temps je me dis qu’il y aura toujours des fans de tennis (comme moi) pour continuer à faire vivre ce sport. Pour ça il faut comme le dit Yannick qu’on redynamise le tennis grâce à ce qu’offre le digital aujourd’hui. Moi ça me choque qu’on n’ait toujours pas d’appli FFT par exemple, c’est pas pratique pour réserver un terrain ou suivre son classement. Peut-être que je me trompe mais l’impression que ça donne c’est que la FFT se tourne les pouces et/ou ne fait pas partie de la génération qui est à l’aise avec le numérique…

Je ne veux pas que le tennis ait cette image de sport archaïque en voie de disparition et j’irai donc interviewer tous ceux qui se battent et innovent pour faire progresser le tennis! Et j’espère que le fruit de toutes ces réflexions nous mènera à dynamiser et aimer encore plus le tennis 🙂

 


1 commentaire

6 choses à savoir avant d'aller à Roland Garros - Eyes on the ball · 19 mai 2019 à 5:07

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